Intervention de Jean-Pierre Chevènement sur le budget des affaires étrangères et européennes, mardi 29
novembre 2011.
En juillet 2010, vous signiez avec Hubert Védrine, une tribune dans Le Monde, dénonçant l’amoindrissement des moyens du Quai
d’Orsay…Hélas, le budget que vous présentez s’inscrit dans la continuité.
La RGPP est passée par là, soulevant les clameurs, souvent justifiées que l’on sait. Je ne suis pourtant
pas de ceux qui jugent indispensable l’accroissement sans fin des dépenses ou des effectifs et j’ai longtemps observé qu’en diplomatie, notamment multilatérale, peu d’hommes et de femmes
déterminés travaillaient souvent plus efficacement et parfois avec plus de bonheur que de gros bataillons. Mais une préoccupation reste primordiale si l’on veut encore que notre action
extérieure soit qualifiée de française : c’est celle des moyens de notre présence culturelle. Que vive l’Institut français certes, mais que nous le dotions de capacités suffisantes, fût-ce au
prix d’arbitrage. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Je le regrette. Enfin, et c’est vital, tout simplement pour le maintien de notre pays sur la carte du monde, faisons venir en France des
étudiants étrangers. Ranimons cette politique de bourses généreuse qui expliqua l’épanouissement de la francophonie, temps aujourd’hui hélas en voie de disparition.. J’imagine, Monsieur le
Ministre, que si votre séjour au Canada vous a familiarisé avec les beautés de la langue anglaise, il vous a convaincu aussi, que les défenseurs de notre langue méritaient un vrai soutien,
venu de notre cœur, venu de notre bourse aussi.
Quant au fond de votre action, cette année, j’en conviens, a été dense : Côte d’Ivoire, printemps arabe,
Lybie, etc. Ces crises ont le mérite de nous ramener à deux questions fondamentales et d’actualité de la vie internationale : le rôle du Conseil de sécurité des Nations unies ; le rôle de ces
instances plus récentes, parfois dressées en concurrence de l’ONU : G7, G8, G20.
Pour traiter de ces crises, vous avez finalement adopté la manière forte, loin de cette diplomatie dite
d’influence, dont on se gargarisait dans votre propre ministère, il y a à peine un an.
Mais pour recourir aux sanctions et en fin de compte aux armes, vous avez choisi la voie du Conseil de
sécurité, comme vous l’aviez d’ailleurs fait voici dix-sept ans pour déclencher l’opération turquoise au Rwanda. Choix juste, qui se distingue heureusement de l’action strictement
unilatérale, pratiquée par un groupe de pays, OTAN ou coalition ad hoc, contre la Serbie en 1999 ou l’Irak en 2003. Dans ces deux derniers
cas, c’est l’exercice de l’ingérence qui fut en jeu ce qui est tout sauf un droit, et qui reste condamné tant par les Nations unies que par des textes bilatéraux, tel par exemple ce
communiqué franco-chinois d’avril 2009 réaffirmant avec éclat l’adhésion de notre pays au principe de non-ingérence.
Mais l’intervention extérieure est admise, si, loin d’être unilatérale elle est décidée collectivement
par le Conseil de sécurité. C’est la mise en œuvre du principe de la responsabilité de protéger, codifié par un sommet des Nations unies en 2005, mais en réalité pratiqué depuis longtemps par
les Nations unies.
Il suffit de se rappeler les très nombreuses résolutions du Conseil qui ont imposé la décolonisation,
l’abolition de l’apartheid. Rien donc de très nouveau